Un an pile après ce verdict médical qu’aucun quadragénaire ne s’attend à recevoir, je lace mes chaussures, prêt à affronter la ligne de départ du Marathon de Londres. Pas pour battre un record, ni pour fuir quoi que ce soit, mais pour transformer l’épreuve en défi, et donner un sens inattendu à tout ce qui a suivi ce diagnostic.
Les bienfaits de l’activité physique sur la santé mentale
Il y a douze mois, juste après les fêtes, j’apprenais que j’avais un cancer de la prostate de stade 2. Ce printemps, c’est pour la cause du cancer de la prostate au Royaume-Uni que je prendrai le départ du Marathon de Londres. Aujourd’hui, dans la foulée de ma préparation, je ressens une forme de gratitude inattendue envers cette épreuve : elle m’a offert l’opportunité de réaliser ce rêve de longue date. À 41 ans, après des années à courir pour le plaisir, à multiplier les 5 km, à me challenger régulièrement sur 10 km et à m’offrir un semi-marathon de temps en temps, je m’apprête à m’aventurer sur la distance reine. En vérité, je me suis souvent considéré comme un coureur, même si, pour être prêt à affronter un marathon, il me reste encore du chemin à parcourir.
Le cancer m’a frappé alors que statistiquement, je n’étais pas concerné. J’avais trente ans de moins que la moyenne des diagnostiqués, aucun antécédent familial, pas d’origine afro-caribéenne, facteur de risque reconnu, et aucun symptôme. Bref, j’étais l’exception improbable, ce “malchanceux” sur dix mille qui découvre la maladie à quarante ans.
Mais malchance ? Non. J’ai été sauvé par le système de santé publique et son invitation à un check-up gratuit pour mes quarante ans. Un test sanguin, un taux de PSA élevé, et six mois plus tard, le diagnostic tombe : tumeur localisée, traitable. Selon les médecins, sans ce dépistage, auquel 60% des invités ne se présentent même pas, le cancer aurait été incurable à 45 ans. À 50 ans, mon histoire aurait pu s’arrêter là.
Chanceux, mais toujours terrifié
Je mesure aujourd’hui l’opportunité d’avoir eu un diagnostic précoce, mais les mois entre la première prise de sang et l’annonce officielle m’ont plongé dans une obscurité profonde. Soutenu par ma femme, père de deux jeunes enfants, j’étais envahi par la peur d’être arraché à eux. L’injustice m’étouffait. Je craignais la chirurgie et ses conséquences irréversibles, tout en me retrouvant prisonnier d’une angoisse qui ne me lâchait plus.
Du jour au lendemain, la vie bascule. On se retrouve à observer les autres, ceux de mon âge, en train de courir, de marcher, de rire, de pédaler, avec un mélange de jalousie et d’incompréhension. Eux n’avaient pas ce fardeau. Chaque publicité pour une association de lutte contre le cancer, chaque témoignage, me rappelait mon propre vertige. Ma tête était sans dessus dessous.
Je ne voulais pas en parler
Certains jours, la routine m’offrait un bref répit. D’autres, j’étais au bord des larmes, incapable de me concentrer, avec une seule envie : dormir, pour oublier. Ma femme aurait voulu que j’en parle davantage. Mais les phrases toutes faites, les “ça ira, tu as eu de la chance”, je ne voulais pas les entendre. Ce dont j’avais besoin, c’était d’aller courir. Avant l’opération, je voulais être aussi en forme que possible, pour rester acteur de ma propre histoire.
Courir, c’était échapper à la spirale mentale. Pendant ces moments, plus rien n’existait, juste le souffle, le rythme, la lumière sur le canal, la playlist qui m’accompagnait, le vibreur de la montre qui signale chaque kilomètre parcouru. Physiquement, je me sentais bien. Mais au fil des records personnels sur Strava, une question demeurait : pourquoi moi ?
Le fait de me concentrer sur le physique a également aidé mon esprit
Deux mois plus tard, l’opération s’est bien passée. La récupération physique aussi, même si j’ai passé bien trop d’heures devant Netflix ou absorbé par la PlayStation. L’inquiétude restait là, entre les rendez-vous médicaux et l’attente des résultats de la pathologie. Malgré tout, me focaliser sur la reprise physique m’a permis d’atténuer l’angoisse.
Sept semaines après l’intervention, les infirmières m’autorisent à recourir. Mes entrailles avaient retrouvé assez de solidité pour encaisser le choc du bitume. Tant que je ne me lançais pas dans des sprints fous ou des haltères, j’étais bon pour repartir. Pour moi, c’était une délivrance.
Ma première course après l’opération
Enfiler mes baskets, tracer un parcours, choisir une playlist, lancer le GPS : tout cela sonnait comme un retour à la normalité. Sur Strava, j’ai baptisé cette reprise “Va c…r cancer”. Pendant 3,9 kilomètres, j’ai eu l’impression de laisser derrière moi les analyses, les blouses, le cathéter, les médicaments, les aiguilles. Tout ce qui avait rythmé ma vie ces deux derniers mois semblait s’éloigner à chaque foulée.
Cette liberté retrouvée, que je croyais acquise, s’est transformée en médicament inattendu. Quelques jours plus tard, pour mon retour au travail, j’ai allongé la distance à 5 kilomètres et gagné 20 secondes au kilomètre. Ce rythme s’est prolongé : plus je courais, plus je reprenais confiance, plus la vie revenait. J’ai pu parler, enfin, de ces six mois et garder l’anxiété à distance.
Le pouvoir de l’activité physique
On ne compte plus les études qui l’affirment : l’activité physique agit puissamment sur l’équilibre psychique. Dans mon engagement auprès d’une association qui soutient les personnels des secours, j’ai vu de près la force de ce levier pour affronter les traumatismes psychologiques.
Se dépasser physiquement, s’imposer une progression, c’est autant de bénéfices pour la santé mentale que pour le corps. Cela génère une énergie nouvelle, qui balaye cette brume paralysante de l’angoisse et redonne prise sur le réel.
Sur le chemin vers le marathon, chaque étape, chaque rencontre avec d’autres coureurs novices ou survivants du cancer, souvent via les réseaux sociaux, m’a conforté dans cette conviction.
Le ‘VCC marathon de Londres’
Dans le lexique de la peur, peu de mots frappent plus fort que “cancer”. Mais la peur, aussi écrasante soit-elle, n’est qu’une réaction humaine face à la perspective de sa propre fin. Pour moi, courir reste la meilleure échappatoire. Rendez-vous donc pour le ‘VCC London Marathon’ : chaque pas, chaque don compte.
La préparation physique et mentale pour le marathon
Se préparer à un marathon ne s’improvise pas. Il faut de la discipline, une ténacité à toute épreuve et, surtout, l’envie de ne rien lâcher. Pour tenir sur la distance, il ne suffit pas d’entraîner ses jambes : l’esprit doit suivre. C’est un vrai travail d’équilibre entre corps et mental.
Concrètement, il s’agit d’établir un plan d’entraînement progressif. La course à pied, bien sûr, mais aussi du renforcement musculaire, des séances d’étirements, des temps de récupération. On travaille la vitesse, l’endurance, la technique, tout pour encaisser les 42 kilomètres et des poussières.
Derrière l’effort physique, il y a aussi le mental. Beaucoup d’athlètes pratiquent la visualisation : s’imaginer franchissant la ligne d’arrivée, ressentir la satisfaction de l’accomplissement. Cela nourrit la motivation, surtout dans les moments de doute.
Apprendre à accueillir le stress, traverser les passages à vide, fait partie du jeu. Des outils existent : la respiration profonde, la méditation, ou simplement un changement de perspective. Il s’agit de rester centré, lucide, même quand le corps crie stop.
Mais le mental ne se cultive pas seul. S’appuyer sur une équipe, un groupe, une communauté, change tout. Rejoindre un club de coureurs, participer à des événements solidaires comme le ‘VCC London Marathon’, c’est aussi partager l’effort, se soutenir, s’encourager mutuellement.
Préparer un marathon, c’est s’investir totalement, accepter les hauts et les bas, mais aussi savourer chaque progrès. Avec une approche équilibrée, une volonté qui ne flanche pas, on avance. On découvre alors que la ligne d’arrivée n’est pas qu’une formalité, mais la preuve que tout est possible.
L’importance du soutien et de l’encouragement dans ma course contre le cancer
Courir contre le cancer, c’est faire face à une adversité féroce. Dans cette traversée, la différence se joue souvent dans l’appui reçu.
Ma force, je l’ai aussi puisée dans l’entourage. Famille, amis : ils ont été là, solides, présents, parfois silencieux mais toujours à mes côtés. Leur soutien, c’est ce qui m’a permis d’avancer, même dans les moments où la lumière semblait s’éteindre.
Leurs mots, leurs gestes, ont résonné en moi comme une énergie supplémentaire, une preuve que je n’étais pas isolé face à la maladie.
À ce cercle proche s’ajoutent les soignants, dont l’engagement et l’écoute ont accompagné chaque étape, chaque doute, chaque question. Leur présence a compté, bien au-delà des traitements ou des consultations.
Et puis il y a la force des réseaux. En ligne, j’ai trouvé des espaces où raconter, partager, écouter ceux qui traversaient la même épreuve. Les échanges, les retours d’expérience, les encouragements venus d’inconnus, tout cela a forgé une solidarité inattendue.
Participer à des événements sportifs caritatifs, comme le marathon à venir, donne aussi du sens. C’est un moment où les histoires individuelles se croisent, où la cause prend une dimension collective. On y lève des fonds, on sensibilise, on transmet un message d’espoir.
Avancer sur cette route, c’est d’abord une question de volonté. Mais rien ne se fait seul. Le soutien reçu, qu’il soit intime ou collectif, m’a donné la confiance pour continuer à courir vers la ligne d’arrivée, porté par celles et ceux qui ont cru en moi. La victoire, ce sera de franchir cette ligne, entouré de toute cette énergie partagée, et de savoir que, malgré l’adversité, rien n’est écrit d’avance.


